L'eau de mer est salée, oxygénée et conduit le courant : elle attaque chaque métal à sa façon. Pour une vanne, un raccord ou un tube, trois questions se posent. Comment l'alliage se comporte-t-il seul ? Que se passe-t-il au contact d'un autre métal ? Quelle vitesse d'eau supporte-t-il ?
Le laiton : à éviter sous la flottaison, sauf laiton DZR
Le laiton est un alliage de cuivre et de zinc. En eau de mer, il peut se dézincifier : le zinc part en solution et laisse un réseau de cuivre poreux et fragile (Practical Boat Owner). La pièce garde sa forme mais perd sa résistance, ce qui la rend dangereuse sur une prise d'eau. La Copper Development Association montre une tige de vanne en laiton 60/40 détruite ainsi en moins d'un an. La méthode d'essai de résistance à la dézincification, l'ISO 6509-1, vise les alliages à plus de 15 % de zinc.
Le laiton DZR (nuance CW602N) contient une petite addition d'arsenic qui inhibe presque totalement ce phénomène. Les pièces sont marquées CR ou DZR (Practical Boat Owner). Au catalogue, la nuance DZR est indiquée sur les fiches et sert de filtre dans les vannes à sphère filetées.
Un laiton chromé ou nickelé reste un laiton. Le configurateur de prise d'eau de mer ne propose pas de laiton chromé et recommande le bronze ou l'inox sous la flottaison.
Le bronze : la matière des pièces de coque
Le bronze est un alliage de cuivre et d'étain. Certains bronzes de fonderie employés en robinetterie contiennent aussi du zinc et du plomb. Par exemple, la nuance CC499K (norme EN 1982), utilisée pour le corps des vannes à sphère Guidi 2300, contient 4 à 6 % d'étain et 4 à 6 % de zinc : bien en dessous du seuil de 15 %. C'est la matière usuelle des passe-coques sous la flottaison (Practical Boat Owner). Au catalogue : passe-coques, filtres eau de mer, crépines et la marque Guidi.
Les bronzes d'aluminium au nickel sont des alliages complexes : leur tenue en eau de mer dépend de la composition et du traitement thermique, et une teneur en aluminium trop basse suffit à provoquer une attaque sélective (Copper Development Association). Sur les vannes papillon du catalogue, c'est le plus souvent la matière du papillon.
L'inox 316 : à l'aise dans l'eau qui circule, fragile dans les recoins
L'inox doit sa tenue à une couche passive. Dans la série galvanique en eau de mer, l'inox 316 passif fait partie des métaux les plus nobles. Mais dans une eau lente ou mal oxygénée, et dans les zones confinées, il peut devenir actif (ASTM G82). Les recoins favorisent la corrosion caverneuse : brides, filetages, dépôts. Au-delà de 1,5 m/s, le risque diminue, car les dépôts ne se forment pas (Alleima). La Copper Development Association note que l'inox 316 est sujet aux piqûres, surtout dans les recoins, quand le circuit est à l'arrêt.
Le molybdène améliore la résistance à la corrosion caverneuse (Alleima) : c'est ce qui distingue le 316 du 304. Pour les conditions sévères, des aciers inoxydables plus alliés, duplex ou super-austénitiques, résistent mieux. Au catalogue : tubes inox 316L et 304L, vannes à sphère à brides en inox.
Le cupronickel 90/10 : le tube des circuits d'eau de mer
Le cupronickel 90/10 (CuNi10Fe1Mn) a été mis au point pour l'eau de mer et y est employé depuis plus d'un demi-siècle. Il résiste bien à la corrosion et limite la fixation des salissures marines (Powell et Michels). Sa limite est la vitesse : pour les tuyauteries de 100 mm et plus, la norme britannique BS MA 18 admet 3,5 m/s, moins pour les petits diamètres. La mise en service compte : rincer à l'eau propre et éviter un séjour prolongé d'eau polluée, chargée de sulfures (Copper Development Association). Au catalogue : tubes cupronickel 90/10 à souder ou à sertir, dont les fiches indiquent Lloyd's ou RINA, et des raccords avec certificat 3.2.
Associer deux métaux : la série galvanique
Deux métaux différents, en contact électrique dans l'eau de mer, forment une pile : le moins noble se corrode plus vite. Plus ils sont éloignés dans la série galvanique, plus le risque est grand. Les surfaces comptent aussi : une grande surface noble reliée à une petite pièce moins noble est le cas le plus défavorable (Copper Development Association).
Ordre en eau de mer qui circule, du plus actif au plus noble (ASTM G82, figure 1) : zinc, alliages d'aluminium, acier et fonte, laitons, bronzes et cupronickels, inox 316 passif.
Conséquences pratiques :
- restez dans une même famille d'alliages : vannes cuivreuses sur tuyauterie cuivreuse (Copper Development Association) ;
- une vanne inox vissée directement sur un passe-coque en bronze forme un couple ; le configurateur ne propose que des pièces de matières voisines, et le panier de l'espace client signale ce couple et propose la même pièce dans la matière de référence, ou un raccord isolant ;
- une anode ou un contact avec de l'acier supprime la résistance du cupronickel aux salissures (Powell et Michels).
En résumé
| Matière | Emploi en eau de mer | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Laiton | Hors immersion | Dézincification sous la flottaison |
| Laiton DZR | Pièces immergées, à défaut de bronze | Vérifier le marquage CR ou DZR |
| Bronze | Passe-coques, filtres, vannes | Couple avec l'inox |
| Inox 316 | Eau qui circule | Recoins et eau stagnante |
| Cupronickel 90/10 | Tuyauteries d'eau de mer | Vitesse limitée, mise en service |
Questions fréquentes
Le laiton résiste-t-il à l'eau de mer ?
Mal, quand il est immergé : il se dézincifie et devient poreux. Sous la flottaison, préférez le bronze ou l'inox ; à défaut, un laiton DZR marqué CR ou DZR.
L'inox 316 rouille-t-il dans l'eau de mer ?
Il résiste bien dans une eau qui circule. Dans une eau stagnante, sous un dépôt ou dans un filetage, il peut subir une corrosion caverneuse ou des piqûres, surtout pendant les arrêts prolongés circuit plein.
Peut-on visser une vanne inox sur un passe-coque en bronze ?
C'est un couple galvanique : l'écart entre les deux métaux est important dans la série en eau de mer. Choisissez une vanne en bronze, ou séparez les métaux par un raccord isolant.
Sources
- Vyv Cox, « Dezincification resistant (DZR) skin fittings explained », Practical Boat Owner, 16/07/2025 : pbo.co.uk.
- Nick Vass, « Skin fittings and seacocks explained », Practical Boat Owner, 10/07/2025 : pbo.co.uk.
- ISO 6509-1:2014, Corrosion of metals and alloys — Determination of dezincification resistance of copper alloys with zinc — Part 1: Test method : boutique.afnor.org.
- Guidi, fiche technique 2300 (corps en bronze CC499K) : rpmdiffusion.com ; composition CC499K selon EN 1982 : kmmbronze.com.
- Copper Development Association, « Effect of Composition and Microstructure on the Seawater Corrosion Resistance of Nickel Aluminum Bronze » (copie archivée le 22/01/2025) : web.archive.org.
- ASTM G82, Standard Guide for Development and Use of a Galvanic Series for Predicting Galvanic Corrosion Performance, figure 1, reproduite dans les Alaska Harbor Electrical Guidelines (1997), annexe C : dot.alaska.gov.
- Alleima, « Crevice corrosion » : alleima.com.
- Copper Development Association, Seawater System Design: Guidelines (copie archivée le 14/12/2024) : web.archive.org.
- C. A. Powell et H. T. Michels, « Copper-Nickel for Seawater Corrosion Resistance and Antifouling: A State of the Art Review », CORROSION/2000, article 00627, NACE (copie archivée le 22/05/2025) : web.archive.org.